Grande absinthe
En allemand, on parle d'une « goutte d'absinthe » (Wermutstropfen) lorsqu'un détail amer vient gâcher quelque chose de bon – l'équivalent de notre « revers de la médaille ». La grande absinthe (Artemisia absinthium) a pourtant bien plus à offrir qu'un goût amer : en tant que plante médicinale, elle aide à soulager les troubles digestifs et renforce le système immunitaire.
À quoi ressemble la grande absinthe, et où la trouve-t-on ?
La grande absinthe est une plante herbacée de la famille des Astéracées (Asteraceae) et appartient au genre Artemisia. Ces dernières années, les plantes du genre Artemisia ont surtout attiré l'intérêt de la recherche médicale grâce aux études sur l'Artemisia annua (armoise annuelle) en tant que substance antivirale. La grande absinthe est probablement originaire de Sibérie. Aujourd'hui, elle est largement répandue à l'état sauvage dans les régions sèches d'Europe, d'Asie et d'Afrique du Nord, et elle est également cultivée comme plante aromatique. Cette plante herbacée vivace porte des feuilles pennées, densément velues et gris argenté, et peut atteindre jusqu'à 150 cm de haut. De juillet à septembre, l'absinthe présente des capitules floraux jaunes et globuleux, qui forment des akènes dans lesquels mûrissent les graines.
Comment utilise-t-on la grande absinthe ?
Grâce à sa forte teneur en huiles essentielles, la grande absinthe dégage une odeur très aromatique et est donc utilisée comme plante aromatique culinaire. Les feuilles ont un goût intense, mais sont si amères que la plante n'est utilisée qu'avec une extrême parcimonie en cuisine, fraîche comme séchée, si l'on veut que les plats assaisonnés à l'absinthe restent consommables.
La grande absinthe est devenue célèbre comme ingrédient de l'absinthe, la « fée verte », une boisson alcoolisée très forte qui était très populaire au tournant du siècle. Parce que l'absinthe provoquait des effets secondaires nocifs et avait la réputation de créer une dépendance, elle fut interdite en 1915. La raison des symptômes développés par les buveurs d'absinthe – vertiges, hallucinations, convulsions, cécité – résidait dans la combinaison d'un alcool de mauvaise qualité et de la thuyone, une substance agissant sur le système nerveux, contenue dans les essences d'absinthe.
Les recettes des boissons à base d'absinthe actuelles remontent à l'Antiquité. Déjà à cette époque, on buvait du vin additionné d'absinthe comme remède contre la jaunisse et les troubles digestifs, et le thé d'absinthe (sans sucre) était recommandé comme meilleur remède pour les « femmes méchantes et bilieuses ». Plus tard, on ajoutait des extraits d'absinthe à l'encre pour protéger les livres des rongeurs, et on suspendait la plante dans les armoires pour repousser les mites. En effet, de nombreux nuisibles évitent la plante d'absinthe en raison de ses principes amers. Mais selon les croyances populaires, les sorcières et les démons évitaient eux aussi soigneusement cette plante amère.
Le nom anglais wormwood (bois à vers) et des désignations telles que « herbe à vers » indiquent que l'on attribuait à la grande absinthe un effet antiparasitaire. Aux débuts de la médecine vétérinaire, elle était effectivement utilisée comme moyen de lutte contre les endoparasites.
Comme drogue végétale (matière première médicinale), toutes les parties de la plante à l'exception de la racine sont utilisées jusqu'à aujourd'hui. La grande absinthe est récoltée pendant la floraison, puis la plante est séchée et transformée en tisane, gouttes et comprimés.
Quels principes actifs contient la grande absinthe ?
La plante d'absinthe contient 0,2 à 1,5 % d'huile essentielle, qui renferme notamment de la thuyone. L'huile est le plus souvent de couleur vert foncé et dégage une odeur intense. L'huile essentielle de la grande absinthe agit contre Pseudomonas et Klebsiella pneumonia – deux souches bactériennes présentes partout dans l'environnement et pouvant entraîner de graves maladies des voies respiratoires.
En tant que plante médicinale, la grande absinthe est surtout appréciée pour ses principes amers, qui stimulent l'appétit et favorisent la digestion. Les principes amers sont divers composés végétaux secondaires, caractérisés uniquement par leur goût amer. Pour classifier les principes amers, on mesure leur indice d'amertume . Cette valeur décrit à quel point une substance est perçue comme plus ou moins amère au goût. Cette valeur est déterminée en diluant un extrait avec de l'eau jusqu'à ce que le goût ne soit plus que faiblement amer. La plante d'absinthe contient de 0,4 à 0,15 % de principes amers, surtout de l'absinthine. Avec un indice d'amertume d'environ 20 000 – la gentiane a 30 000 – la grande absinthe fait partie des herbes indigènes les plus amères. Le goût amer ne semble toutefois pas déranger les chevaux : de nombreux chevaux broutent volontiers la grande absinthe au pré.
Les tanins de l'armoise soulagent les troubles gastriques et intestinaux ainsi que les troubles digestifs en général. Les tanins ont un effet astringent, anti-inflammatoire et antispasmodique et protègent les muqueuses gastriques et intestinales.
Pour quels troubles l'armoise peut-elle aider ?
L'huile essentielle et les principes amers de l'armoise
- soutiennent l'estomac et le foie et renforcent l'activité des organes digestifs
- favorisent la sécrétion de bile et de suc pancréatique
- stimulent l'appétit
- renforcent le système immunitaire.
Astuce : après des vermifuges chimiques, l'administration d'armoise peut soutenir l'élimination par le foie et les reins. Les tanins qu'elle contient créeraient également un environnement intestinal défavorable aux vers.
Effets indésirables
Chez les vaches, le lait prend un goût amer après consommation d'armoise. On ne sait pas si c'est également le cas chez les chevaux. Par précaution, il est toutefois préférable de renoncer à donner de l'armoise aux juments allaitantes. En cas d'allergie aux astéracées, l'armoise ne devrait pas être donnée.
Attention : la grande absinthe ne doit pas être utilisée en cas d'ulcères gastriques et pendant la gestation ! L'huile essentielle pure de grande absinthe ne doit pas être administrée par voie interne, car elle provoque des effets secondaires !
Sources et littérature complémentaire
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Brendieck-Worm, C., & Melzig, M. F. (2018). Phytotherapie in der Tiermedizin. Stuttgart : Georg Thieme Verlag KG.
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Prentner, A. (2010). Bewusstseinsverändernde Pflanzen von A–Z. Vienne : Springer Verlag.
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Reichling, J., Gachnian-Mirtscheva, R., Frater-Schröder, M., Di Carlo, A., & Widmaier, W. (2008). Heilpflanzenkunde für die Veterinärpraxis. Berlin-Heidelberg : Springer Medizin Verlag.
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